Christine Spengler, l'Opéra du monde

par Philippe  -  23 Février 2019, 06:44

Christine Spengler, l'Opéra du monde

Exposition au Musée de la photographie du 15 février au 26 mai 2019, ouverte tous les jours de 11h à 18h sauf le lundi, le dimanche de Pâques et le 1er mai, 1 place Pierre Gautier, 06000 Nice, informations, tarifs : 04.97.13.42.20, 

 

Depuis longtemps l'histoire (l'histoire intime et la grande histoire) occupe une place importante dans la vie et dans l'oeuvre de la photographe Christine Spengler. L'histoire qu'elle noue avec la culture lorsqu'elle se rendait avec son frère Eric visiter le Musée du Prado (Madrid) ou elle se familiarisait avec les couleurs (l blanc, le rouge, le noir puis le bleu) qui symbolisent l'espoir, la douleur et enfin la paix. Le décès de son père touche profondément Christine Spengler qui décide de voyager avec son frère. Ils parcourent ainsi le Tibesti (Tchad) et rencontrent des rebelles Toubous mais peinent à convaincre les militaires français qu'ils ne sont pas des espions. Isolée dans le désert Christine Spengler comprend que sa vocation d'utiliser son appareil photo pour témoigner loin du sensationnalisme. Ce sacerdoce lui fera parcourir le monde du Tchad à l'Iran en passant par le Cambodge. Elle photographiera l'obscurantisme dont les femmes sont victimes en Afghanistan et en Iran lorsque les religieux prennent le pouvoir. Dans cet univers d'interdits elle montre à travers les yeux de ses modèles toute une palette de sentiments. Elle témoignera également des horreurs de la guerre de la guerre (Irlande, Cambodge) sans tomber dans le voyeurisme.

Christine Spengler "Cimetière des martyrs de Qom" (1979) et "Madone Afghane"
Christine Spengler "Cimetière des martyrs de Qom" (1979) et "Madone Afghane"

Christine Spengler "Cimetière des martyrs de Qom" (1979) et "Madone Afghane"

Le décès de son frère Eric annoncé de façon brutale par un télégramme bleu en 1973 constitue un traumatisme que Christine Spengler mettra des années à surmonter. Pour réaliser ce travail de deuil elle s'inspire des petits autels funéraires que l'on peut trouver au Mexique, en Bolivie voir en Iran. Les portraits des défunts se trouvent sur ces autels et ils sont entourés d'objets divers leur ayant appartenu afin de ramener les morts à la vie. Cette thérapie fonctionne tellement bien que nombreuses personnes viennent voir Christine Spengler pour exorciser leur douleur. Ces autels l'inspirent également dans son travail d'artiste pour rendre hommage à son enfance espagnole, à de célèbres héroïnes (Frida Khalo) et au surréalisme dont Huguette la mère de l'artiste était l'égérie. Après l'engagement vient le temps de la reconnaissance. En 1991 le créateur de la Maison européenne de la photographie Henri Chapier l'invite sur son "Divan". Une rétrospective intitulée "l'Opéra du monde", l'inauguration du Festival Incadaqués en tant qu'invitée d'honneur et le film "Moonface, une femme dans la guerre" (réalisé par Xavi Herrero, 2018) constituent les points d'orgue de cette reconnaissance.

Christine Spengler "Fall's Road, Belfast" (1972)

Christine Spengler "Fall's Road, Belfast" (1972)

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