Les rayons et les ombres

par Philippe  -  6 Avril 2026, 12:15

Les rayons et les ombres

Film réalisé par Xavier Gionnoli, scénario : Jacques Fieschi, Xavier Giannoli, produit par : Gaumont, Curiosa Films, Waiting for cinema, Olivier Delbosc, Sidonie Dumas, Patrick Godeau, photo : Christophe Beaucarne, montage : Cyril Nakache, Mike, Fromentin, musique : Guillaume Roussel, distribution : Jean Dujardin, Nastya Golubeva - Carax, August Diehl, Vincent Colombe, André Marcon, Maria Cavalier - Bozan, Anna Prochniak, Giorgia Sinicorni, Valéria Andriuta, Colette Crouzet, Philippe Torreton, ..., (2026), 

 

Parler de la période durant laquelle les nazis occupaient la France n'est pas une chose aisée. Beaucoup de réalisateurs ont tenté l'expérience et peu y sont parvenus comme Louis Malle avec "Lacombe Lucien" (1974) ou Joseph Losey avec "Mr Klein" (1976). Le film de Xavier Giannoli relève ce défi. Construit à partir des souvenirs enregistrés de Corinne la fille de Jean Luchaire illustrés par des flashbacks qui vit recluse suite à une violente agression physique. Durant les années 1920 un français Jean Luchaire et un allemand Otto Abetz issus de la social - démocratie militent pour le pacifisme et l'amitié entre les peuples. Le pacifisme est à la mode mais il n'empêche pas les compromissions et Abetz acheté par le régime nazi change de camp. A ce duo s'ajoute Corinne le fille de Jean une modèle devenue actrice qui acquiert une renommée avec "Rien sans barreaux" (1938) et "Le dernier tournant" (1939) mais dont la carrière sera brève à cause de la tuberculose maladie qu'elle a contracté par son père. Nommé ambassadeur d'Allemagne Otto Abetz fait profiter son ami Jean Luchaire de ses relations et de son argent pour lui permettre de régner sur la presse collaborationniste. Ce choix amènera son père Julien ainsi que des journalistes des "Temps modernes" à désavouer cette ligne éditoriale et à basculer dans la clandestinité. Ballottée entre les sanatoriums qui ressemblent à des mouroirs et la vie facile d'un père devenu dandy la jeune Corinne perd pied comme elle le raconte dans son autobiographie "Ma drôle de vie" parue en 1949. Cette vie prend fin lorsque les alliés débarquent en Normandie le 6 juin 1944. Le dernier carré des collaborateurs quitte alors la France pour se réfugier à Sigmaringen dans le sud de la Bavière. Dans le château réquisitionné de l'ancienne famille impériale allemande ils constituent un gouvernement d'opérette ou Jean Luchaire devient commissaire de l'information. Ce gouvernement fantoche dure jusqu'en mars 1945 car l'avance des alliés est fulgurante. Arrêtés alors qu'ils tentaient comme la plupart des collaborateurs de fuir en Suisse Jean Luchaire sera fusillé et sa fille condamnée à dix ans d'indignité nationale. "Les rayons et les ombres" rétablit la vérité sur Corinne Luchaire et permet de révéler Nastya Golubeva une autre étoile. Victime de la violence machiste de la Libération elle confesse au réalisateur qui l'a révélée Léonide Moguy qu'elle ne savait pas. Disposant d'un budget de 30 millions d'€ "Les rayons et les ombres" ne cherche pas à absoudre mais il s'efforce surtout de comprendre loin des affrontements idéologiques.

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